Vous le savez si vous nous suivez sur Facebook ou Instagram, j’ai eu l’immense bonheur d’être sélectionnée pour faire partie du jury littéraire du prix NRP de littérature jeunesse 2017-2018. 17 livres au total, tous des romans jeunesse, certaines épreuves non corrigées, reçus au début du mois de juillet et à lire pendant l’été. 

Voici un premier petit bilan de mes lectures. Bon il faut l’avouer, j’ai très peu lu pendant notre voyage au Canada, forcément…trop de choses à voir, à faire, à contempler… Seulement 7 livres pour l’instant au compteur, il va falloir que j’accélère le rythme afin de boucler la lecture des livres en sélection pour la fin du mois d’août.

  • Le garçon qui courait de François-Guillaume Lorrain (publié aux éditions Sarbacane roman)

L’histoire vraie de Sohn Kee-Chung, le premier Coréen à avoir remporté l’épreuve du marathon aux JO de Berlin en 1936 au moment où la Corée, sous domination japonaise, n’existait plus en tant que nation.

En recevant la sélection de romans, c’est celui qui m’a tout de suite attiré, par sa couverture et son résumé. Et ma première impression a été la bonne car j’ai adoré la lecture de ce roman et l’histoire de cet enfant qui trouve dans la course à pied le moyen de combattre, de résister et de redonner une identité et une voix à son pays.

Difficile de lâcher le livre une fois ouvert, le rythme est aussi soutenu que les foulées du personnage. On est entraîné avec lui au coeur de cette Corée annexée par le Japon et c’est une lecture aussi instructive que passionnante.

  • La demoiselle de Wellington de Dorothée Piatek (publié aux éditions Seuil)

Ce roman illustré se déroule en 1917 sous la ville d’Arras dévastée par les bombes et les combats. On y découvre le quotidien des soldats britanniques qui attendent des jours durant dans les galeries creusées d’une ancienne carrière de pierre calcaire, dans l’attente de l’assaut final contre les troupes allemandes. 

Ce récit prend la forme d’un journal intime, tenu par un de ces soldats qui y raconte son quotidien, ses peurs, ses espoirs. A travers son point de vue, c’est la vie souterraine de tous ces hommes, ces héros de guerre, que l’on découvre durant les jours qui précédent l’offensive, leurs conditions de vie et leurs relations.

C’est poignant, intéressant et très bien écrit. Les mots du soldat donnent corps et réalité charnelle à ce moment historique et à tous ces combattants de l’ombre. A travers le destin de ces vies arrachées, sacrifiées, mutilées, c’est aussi une réflexion sur l’absurdité de la guerre que nous livre l’auteur, sur tout ce qu’elle oblige à quitter, à abandonner. C’est parfois difficile à lire tant c’est émouvant et bouleversant. 

  • Des poings dans le ventre de Benjamin Desmares (publié aux éditions Rouergue)

Court récit choc qui nous fait rentrer dans l’esprit d’un ado, Blaise, dont le comportement et la communication ne sont dictés que par un geste : la violence. Des coups, c’est tout ce que Blaise sait donner. Il cogne n’importe qui, n’importe quand. C’est sa seule façon de s’exprimer. Bien sûr, derrière cette attitude se cache un profond mal-être, l’absence d’un père, le manque de communication avec la mère. 

Certes, l’histoire est un peu facile et convenue, mais le récit est très immersif en raison d’une narration à la 2e personne du singulier qui nous plonge véritablement dans l’esprit troublé du personnage. Les phrases sont courtes et rapides, le rythme est haletant et saccadé : une écriture coup de poing, percutante.

  • Si je résume de Jo Hoestlandt (publié aux éditions Magnard jeunesse)

Récit autobiographique qui raconte l’enfance de l’auteur, et en particulier, le moment où elle déménage avec sa famille et quitte la ville pour s’installer à la campagne. Véritablement déracinement et déchirement pour Jo au départ, ce changement de vie va finalement la conduire à grandir, à se découvrir et à trouver sa voie : l’écriture.

Je n’ai pas du tout aimé cette lecture. L’écriture est simpliste, certaines formules sont vraiment clichées. Ce récit est publié dans une collection de textes courts destinés à des lecteurs un peu fâchés avec la lecture et ça se sent : le texte est très court et ne permet pas de rentrer vraiment dans l’histoire. Selon moi, ça s’apparente plus à une courte nouvelle. Bref, je suis vraiment restée sur ma faim…

  • Rage d’Orianne Charpentier (publié aux éditions Gallimard Scripto)

Ce court récit raconte la rencontre entre une jeune fille réfugiée sans nom, sans identité et un chien maltraité. A travers cette rencontre, c’est le destin des deux personnages qui va se jouer. 

J’ai lu ce roman d’une traite, impossible d’arrêter avant la fin. C’est un récit haletant, incisif, au rythme tendu. Tout se passe en une seule nuit, on ressent l’urgence de la situation et on pense tout de suite à la tragédie antique. Justement on découvre un parallèle et une réflexion intéressante entre l’héroïne de l’histoire et les destins tragiques. J’ai moins aimé certains personnages et situations (le jeune garçon, Jean, et l’histoire d’amour naissante) qui parasitent le rythme et la tension du récit.

  • Révoltées de Carole Trébor (publié aux éditions Rageot)

Ce roman raconte les histoires croisées de deux soeurs, dans le Moscou d’octobre 1917, en pleine révolution. Tandis que l’une découvre l’univers d’un théâtre d’avant-garde, l’autre s’engage dans le conflit armé auprès des révolutionnaires. 

Un vrai flop pour moi! C’est mal écrit, le style est simpliste et enfantin, la narration est au présent. C’est surtout très cliché : les personnages sont caricaturaux et très peu crédibles, l’intrigue et les situations sont extrêmement manichéennes (tous les révolutionnaires sont très très gentils, tous les bourgeois sont très très méchants). C’est une vision vraiment simpliste et simplifiée de la révolte bolchévique.

Seul élément un peu intéressant : la plongée dans le théâtre d’avant-garde et la découverte de poètes et d’oeuvres futuristes.

  • Un tigre dans le jardin d’Anne-Marie Pol (publié aux éditions PKJ)

Le récit se déroule en Indochine dans les années 30. On y fait la connaissance d’une famille d’expatriés français, vivant dans une grande propriété coloniale. On découvre surtout Paule, une petite fille de 8 ans, un des enfants de la famille. Elle s’ennuie, ne va pas à l’école et ne sort presque jamais à l’extérieur des murs du jardin. Elle ne possède qu’une seule échappatoire : l’imagination. Elle imagine ainsi qu’un tigre vit quelque part au fond de sa jardin et qu’elle seule peut le savoir. 

Au fil de la lecture et des fantaisies du personnage, on découvre les ambivalences et les injustices de cette société coloniale. On découvre aussi peu à peu le passé de cette famille, ses fantômes, tout ce que l’imagination et les rêves viennent recouvrir. 

J’ai bien aimé cette lecture, très immersive, riche en descriptions d’odeurs, de couleurs et de sensations. Un voyage dans l’Indochine coloniale.

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Voilà pour l’instant! Un deuxième bilan lecture suivra bientôt, avec de nouveaux titres. Je pense déjà que de nouveaux coups de coeur sont à venir. Mais il faut vraiment que j’accélère le rythme pour tenir les délais.

Belles lectures à vous aussi! 

2 Comments

  1. Effectivement le rythme de lecture est soutenu ! Quand j’avais vu ta photo sur Insta, j’avais aussi flashé sur le garçon qui courait ! J’avoue que tu m’as donné envie d’en découvrir quelques uns (notamment Rage).

    Hâte de lire la suite !

    Virginie

    • Oui, d’autant plus qu’au début la date annoncée pour lire tous les ouvrages était vers le 10 septembre et finalement c’est pour le 25 août… Bon après ce sont des romans jeunesse, donc c’est plutôt rapide à lire mais il faut tenir le rythme! Rage m’a bien plu, et Le garçon qui courait est mon préféré pour l’instant. Je te les conseille.

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